
Née d’un héritage familial entre Corse et Sardaigne, la Maison de la Bottarga s’est imposée comme le spécialiste de la boutargue grâce à une recette artisanale transmise de génération en génération. Une tradition préservée, façonnée par le temps, la passion et un savoir-faire authentique.



L’histoire commence avant les années 2010, avec la rencontre d’une Sarde et d’un Corse. Marinella, issue d’une grande famille de pêcheurs en Sardaigne, grandit près de l’étang d’Arbatax. Très tôt, elle apprend les gestes essentiels : donner ses premiers coups de main, tirer les filets, observer les cycles de l’eau et de la vie. Dans ce bassin préservé se côtoient ostréiculture, mytiliculture et pêche sauvage, notamment celle du mulet pendant sa période de reproduction, ressource emblématique des étangs méditerranéens.
Puis, en 2010, tout s’éclaire : la vocation s’impose. Marinella et Joseph, son mari, chef d’entreprise et exploitant de terres agricoles en Corse, partage une même vision. Ensemble, ils imaginent un projet mêlant tradition, savoir-faire ancestral et excellence du produit.
Marinella et Joseph passent de l’idée aux premières expérimentations. Marinella s’appuie sur l’enseignement reçu en Sardaigne, auprès de sa famille, pour cadrer les gestes et les temps : choix des mulets, préparation des poches d’œufs, salage précis, séchage suivi au jour le jour. Joseph structure l’organisation et la méthode. L’objectif est de trouver une régularité : une texture ferme, une coupe nette, un goût marin lisible. Cette phase de mise au point installe une exigence constante sur la matière et sur la maîtrise des étapes qui font la qualité d’une boutargue.
La Maison de la Bottarga naît officiellement. Marinella et Joseph investissent leurs économies dans un premier laboratoire de 120 m², conçu selon des exigences d’hygiène strictes et le cadre HACCP. La boutargue est alors le seul produit phare, porté sur le terrain via marchés, foires, dégustations et commerçants de proximité. Très vite, le laboratoire complète la gamme autour de cette signature : le poulpe devient un indispensable, travaillé sous différentes formes pour sa mâche tendre et son côté plus croquant, au goût franc. La partie fumoir se développe avec sel de Méditerranée, copeaux de hêtre et herbes du maquis de la Casa Orsi, ouvrant la voie au thon du Cap Corse, à l’espadon de Méditerranée et à l’anguille argentée.
La Maison franchit une étape stratégique : ouvrir un premier point de vente place du marché, à Bastia. Ce lieu d’instinct et d’affection renoue avec une mémoire locale, celle d’une boutargue vendue simplement, au plus près des gens. La boutique de 15m² installe un circuit court et une relation durable : conseils, dégustations, habitudes qui se créent, bouche-à-oreille qui s’accélère. Le samedi et le dimanche, la famille y construit une communauté d’amateurs. Cette présence sur la place du marché donne une direction claire : développer la maison en restant proche des clients, tout en élargissant la gamme avec des produits capables de tenir la promesse initiale.
L’intégration des enfants marque un tournant : Frédéric et Séraphin rejoignent l’aventure, tandis que le troisième frère poursuit encore sa scolarité. La restauration devient alors une évidence, portée par l’envie de mettre en scène les produits et les recettes de Marinella qui prend naturellement place aux fourneaux. L’idée : une table de dégustation centrée sur les références de la maison, avec une cuisine méditerranéenne simple, chaleureuse, pensée pour la découverte. Le premier restaurant ouvre à Furiani, dans une bâtisse rénovée dans l’esprit d’une maison de pêcheurs, entre tradition, sobriété et gourmandise.
L’ouverture d’un deuxième restaurant à Bastia marque une nouvelle étape, avec une adresse installée au bord de l’eau sur le quai des Martyrs. L’établissement ouvre en saison et répond à une envie : accueillir la clientèle d’été dans un lieu lumineux, tourné vers la mer, avec une carte plus fraîche. Les incontournables de la Maison restent présents, mais le registre se fait plus estival : assiettes légères, recettes marines, et boutargue travaillée en finition ou en cœur de plat.
L’implication du troisième frère permet un défi hors de Corse : une boutique éphémère de six mois dans la marina de Porto Cervo. Cette expérience sert de test à l’étranger, au contact d’une clientèle exigeante, et confirme la capacité de la maison à porter ses références et son identité au-delà de l’île, avec une même exigence sur la coupe, le goût et la présentation.
Le thon rouge du Cap Corse devient le cœur d’une nouvelle signature : jambon et saucisse de thon. La charcuterie de la mer s’appuie sur une pêche durable et un travail technique précis : sélection du filet, de la ventrèche et du cœur, recherche de la texture juste, maîtrise du fumage, du temps et du degré de séchage, avec un salage mesuré au gramme près. Ce savoir-faire accompagne les premiers développements à l’export et installe une ligne de produits pensée pour la dégustation au couteau.
Un nouveau chapitre s’ouvre autour de l’olive. Spécialisée dans les produits insulaires et attentive au marché, la Maison construit, avec des agriculteurs méditerranéens, une filière fiable et exigeante. Les olives vertes et noires sont préparées dans un atelier indépendant, puis relevées par des herbes du maquis et des assaisonnements maîtrisés. Ainsi naît la première confiserie d’olive de table de Corse, dans un esprit de partage.
Les racines bastiaises prennent une nouvelle forme avec la reprise du restaurant “Table du Marché”. La Maison y ouvre La Bottarga, une adresse qui rassemble ses incontournables, des coquillages selon la saison et des spécialités corses. L’objectif est de retrouver l’esprit du marché : échanges, fraîcheur, immédiateté, et une cuisine qui laisse parler le produit. Une manière de boucler la boucle, en revenant là où la boutargue a longtemps circulé dans la mémoire locale.